Heureux comme un cèdre en Creuse

Dernier article sur la journée « changement climatique et gestion forestière du Cetef » du 27 septembre en Creuse. Dans l’après-midi, une cinquantaine de personnes ont visité une parcelle expérimentale de cèdres.

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Le propriétaire M. Tétaz-Monthoux et Jean-Marie Righi présentaient l’expérience sur les cèdres du Cetef

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douglas Luzette

Nous sommes entre Montboucher et Masbaraud-Mérignat. Dans un vallon à roches métamorphiques à 530 mètres d’altitude, 5000 cèdres de l’Atlas ont été plantés (1) ainsi que 650 douglas luzette et Californie. Les plantations ont eu lieu en 2009 sur 1,5 ha dans le cadre d’une expérience du Cetef, du CRPF et de l’IDF : « On teste des essences résineuses réputées pour leur résistance à la sécheresse. On veut savoir si elles sont adaptables à notre terroir », explique Jean-Marie Righi, ingénieur du CRPF. L’expérience est déclinée de la même façon sur 8 sites en Limousin présentant des sols et des altitudes variées. Pour financer l’opération, le Cetef a sollicité la Fondation de France et un reliquat de financement post tempête de 1999.

A Montboucher, les plantations ont été installées sur une coupe rase d’une forêt de châtaigniers, de hêtres et de chênes. Les souches ont été rabattues et les tas de rémanents ont été brûlés. Les semis d’un an mesuraient 10 à 15 cm en moyenne, produits en godet. « Le coût est de 40 à 50 centimes par plant et les arbres ont été plantés à une densité de 1100 plants à l’ha. A terme, l’objectif est de produire 200 à 300 tiges par ha, sachant que les premières éclaircies se feront dans 25 ans. On a aussi ajouté des protections contre les blaireaux et les chevreuils enlevées à quatre ans. Il faut compter 1,77 euros pour protéger les douglas, et 3,77 euros pour les cèdres », a calculé Jean-Marie Righi.

10 degrés en moyenne et quelques incidents

Évidemment, la Creuse n’est pas l’Atlas… La température moyenne sur la parcelle est de 10,1 degré. S’il tombe 1226 mm d’eau par an, l’évapo-transpiration est tout de même de 750 mm. Le bilan est même négatif en juillet-août avec une perte de 110 mm d’eau. Rajoutez à cela le gel 88 jours par an, dont 7 en avril et 3 en octobre… Autant dire que rien n’est épargné aux cèdres !

« Le cèdre supporte des températures extrêmes mais il est plus résistant aux sécheresses extrêmes. Au cours de l’hiver 2012, les températures sont descendues jusqu’à moins vingt degrés pendant 3 semaines. Les cèdres de cette parcelle sont devenus entièrement rouges mais ils ont fait leurs bourgeons au printemps », s’est émerveillé Jean-Marie Righi.

Supériorité du douglas luzette

Au bout de 6 ans d’expérience, le bilan est déjà parlant. Sur les 8 essais, le cèdre mesure entre 1,60 et 1,80 m, le douglas californien 2 m et le luzette 2,2 m.

Parmi les petits incidents relevés sur la parcelle de Montboucher, une dizaine de douglas ont rougi : « On appelle ça le rouge physiologique du douglas. Beaucoup en ont souffert cette année à cause des chaudes journées au printemps. Le douglas évapo-transpire mais le sol étant gelé, il ne trouve pas d’eau pour compenser. La solution est de laisser une végétation d’accompagnement pour ombrager les jeunes plants », conseille Jean-Marie Righi.

Certains cèdres de trois ou quatre ans ont été atteints par le carpophore des sapins précédents (champignon). Pour lutter contre ce phénomène, on peut traiter les souches restantes au Rotstop (lutte biologique) ou réaliser un vide sanitaire de deux ou trois ans. Le cèdre a été aussi appétant pour les chevreuils. Sans protection, les dégâts auraient été dramatiques. Certains cèdres ont aussi manqué d’oligo-éléments (carence en bore) et d’autres se sont couchés : contraints par les protections, les arbres ont poussé en hauteur sans développer suffisamment de racines.

Quels débouchés économique pour le cèdre ?

Reste à trouver des débouchés pour ces arbres, en espérant que le prix du cèdre suivra au moins les cours du douglas… Également imputrescible, le cèdre convient parfaitement pour l’ameublement mais présente une petite faiblesse en charpente. Comme il produit beaucoup de branches, on peut densifier les plantations et élaguer au fur et à mesure.

(1) issus de la même provenance et achetés à la pépinière de Peyrat-le-Château.

Reinfforce : des arboretums anticipent le réchauffement climatique en forêt

Suite du compte-rendu de la journée « changement climatique et gestion forestière » du Cetef le 27 septembre à Bourganeuf… En matinée, Eric Paillassa (institut pour le développement forestier) a présenté le programme européen Reinfforce : depuis 2009, il regroupe 38 arboretums sur la façade atlantique européenne, du Portugal au Royaume-Unis. Onze instituts de recherche sont associés. L’objectif est d’anticiper l’impact du réchauffement climatique sur les essences forestières et de proposer de nouvelles techniques (41 sites de démonstrations mettent au point des sylvicultures plus adaptées au réchauffement climatique). Quatre millions d’euros ont été dépensés entre 2009 et 2013 dans ce partage des connaissances. En France, neuf sites ont été retenus, notamment à Excideuil en Dordogne.

2000 plants sur chaque station expérimentale

Sur chaque site, on trouve les mêmes 38 essences, achetées chez les mêmes pépiniéristes. Hêtres, châtaigniers, sycomore, pins, chênes, douglas, cèdres, eucalyptus… Pour chaque essence, neuf provenances ont été sélectionnées. « On a 127 unités génétiques et 2000 plants sur chaque site. Chaque station présente de très bons sols pour neutraliser ce critère », explique Eric Paillassa. Les techniciens analysent la survie, la croissance, la forme des arbres, leur santé, leur phénologie… « On évalue plus finement les comportements des essences en fonction de leur provenance et des site. Ensuite, on déterminera l’intérêt de ces essences pour la production forestière future. Par exemple, on veut savoir si la substitution des essences est une réelle marge de manœuvre. Face au changement climatique, les forestiers vont d’abord adapter leur sylviculture, puis changer la provenance de leur essence et enfin changer d’essence », projette-t-il.

Des études complémentaires sont menées sur le dépérissement du chêne, le stress hydrique du douglas et la gestion adaptative (différentes conduites forestières sont menées selon des hypothèses de réchauffements climatiques plus ou moins rapides). A suivre !

En 2040, la Creuse aura le climat de la Méditerranée (mais sans la mer, c’est nul…)

La Creuse s'oriente vers un climat méditerranéen d'ici 2040

La Creuse s’oriente vers un climat méditerranéen d’ici 2040

Le Cetef organisait le 27 juin à Bourganeuf une journée sur le changement climatique et la gestion forestière. En introduction, on a pu entendre les projections climatiques de Vincent Cailliez, climatologue de la chambre d’agriculture 23. Il a d’abord rappelé les grands enseignements du Giec sur le réchauffement climatique. Ensuite, il a indiqué qu’en Limousin la différence de normales trentenaires de température atteint 0,9°C. Cependant, la vitesse réelle de l’évolution est de 4,6°C par siècle (avec une marge d’erreur de 0,8°C). « C’est un chiffre que je déteste communiquer. Ça ne me plait pas que mes enfants grandissent dans un tel monde mais c’est une réalité à laquelle nous devons nous préparer. La notion de normale trentenaire est dépassée depuis les années 1970. Il vaut mieux parler d’espérance climatique ».

Et la situation ne risque pas de s’arranger puisque le système climatique présente une grande inertie : « « Le carbone d’origine humaine présent dans l’atmosphère n’a exprimé pour l’instant qu’environ 15% de son potentiel de réchauffement. Si on n’émettait plus de CO2 à partir d’aujourd’hui, quatre siècles et demi pour parvenir à l’équilibre thermique », explique Vincent Cailliez.

Impact du réchauffement climatique sur l’agriculture

La chambre d’agriculture de la Creuse a réalisé une étude sur l’adaptation des pratiques culturales au changement climatique (2012-2014). Les résultats de 19 stations et 34 stations pluviométriques ont été utilisés. Si les projections suivent globalement la tendance nationale, il y a tout de même des spécificités locales. « En gros, le climat creusois va se méditerraniser. On aura une saison sèche et une saison humide ». La température moyenne départementale annuelle passerait à 11,62 en 2040, contre 10,22 degrés sur la période 1980-2010. Les mois de février à juin subiront la vitesse de réchauffement la plus importante. D’ici 2040, on dépassera les 30 degrés pendant 21,8 jours par an contre 8,4 sur la période 1980-2010. Les épisodes de grands froids seront de plus en plus rares, les printemps seront plus précoces et les automnes beaucoup plus pluvieux (augmentation de 30% des pluies supérieures à 80 mm d’ici 2040). A noter : le taux « d’enforestement » aura un impact direct sur les températures locales. « Si certains arrêtent la sylviculture, cela aura des conséquences pour les voisins ».

Inévitablement, quelques réflexions atterrantes ont fusé, du style « le réchauffement est un cycle naturel » ou « la nature va bien s’adapter »… Le climatologue a rétorqué que l’augmentation des températures est quarante fois plus rapide que l’évolution naturelle la plus rapide depuis au moins 1 million d’années », ne laissant absolument aucune chance aux espèces de s’adapter à moyen terme.
Ces données sont publiées sur Synagri.

A suivre : trois articles dans les prochains jours sur cette journée très riche…