Le changement (climatique), c’est maintenant

Dans les Alpes, la température a grimpé d’1,85°C depuis le début du siècle dernier, contre 0,89°C dans l’ensemble de la France. A quelques semaines de la COP21, la Frapna organisait à Grenoble un colloque intitulé « quand le réchauffement atteint les sommets ». 

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Spécialiste du réchauffement climatique en Savoie, Christophe Chaix a présenté les tendances lourdes du réchauffement en altitude.

Journaliste, écrivain et grand alpiniste, Jean-Michel Asselin était le grand témoin de l’évènement qu’il a introduit avec ces belles formules : « La montagne est avant tout un lieu de vie extraordinaire ! Ce n’est pas un stade, ce n’est pas le lieu des exploits mais des rêves. C’est un lieu de vie à partager, un lieu complexe… Je ne suis pas un spécialiste du changement climatique mais petit à petit, j’ai vu reculer les glaciers où je m’entrainais quand j’étais enfant. Très souvent, les alpinistes sont obligés de changer leurs stratégies d’ascension. On peut tous comprendre que le changement climatique est lié aux activités humaines. Certains nous baratinent en prétendant qu’il s’agit d’un cycle naturel, mais on sait bien que ça ne marche pas comme ça ».
Son cheval de bataille : la mobilité douce en montagne. « Aujourd’hui, la conquête des sommets est terminée. Mais quand je croise des jeunes qui rejoignent les stations à vélo, je me dis que ce sont eux, les vrais conquérants de la montagne… ».
Alors face au défi du changement climatique, il exhorte au courage et aux valeurs de la cordée : « C’est lorsqu’on se sent tout petit face à la montagne qu’on acquière de la grandeur ». Une bien belle métaphore !

La montagne, sentinelle du changement climatique

Pour des raisons très complexes, et à vrai dire encore mystérieuses, les effets du changement climatique sont plus marqués en altitude. Dans les Alpes, la température moyenne annuelle a grimpé d’1,85°C entre 1900 et 2014 (2°C dans les Alpes du Nord, 1,75°C dans les Alpes du Sud). Au niveau mondial, la moyenne sur cette période a augmenté de 0,75°C. Le réchauffement est largement deux fois plus rapide en montagne que partout ailleurs.

Si la fréquence des printemps chaud a fortement augmenté, les records  de chaleur en automne s’enchaînent depuis quatre ans. C’est moins clair pour l’hiver, même si l’isotherme a gagné entre 150 à 200 mètres.

Concernant les précipitations, les scientifiques ne sont pas aussi catégoriques. Soit, les épisodes de sécheresses sont réguliers depuis 2003 et on observe aussi une diminution hivernale des précipitation dans les Alpes du Nord [entre 15 à 40% selon l’altitude]. Mais à l’inverse, il a beaucoup plu ces quatre derniers hivers dans les Alpes du Sud. Les chercheurs s’inquiètent davantage de l’évapotranspiration qui a augmenté de 8%, limitant l’efficacité des précipitations.  A noter : l’enneigement a diminué jusqu’à 30% selon l’altitude. En gros, les Alpes perdent six jours d’enneigement par décennie depuis 1960.

Que signifie « s’adapter » au changement climatique ?

Dans ce contexte, comment s’adapter et limiter l’impact du changement climatique sur l’eau, la biodiversité, les risques naturels, le tourisme et l’économie locale ? Et surtout, d’où vient notre immobilisme ? Créateur d’un observatoire du climat et Savoie, Christophe Chaix est chargé d’études pour la Mission développement prospective. Il étudie précisément l’adaptation au changement climatique : « L’adaptation nécessite de mutualiser les données scientifiques et de les vulgariser auprès de la société. Il faut comprendre que le changement climatique, c’est ici et maintenant. Pas demain et ailleurs… En montagne, tout est lié : le climat, l’enneigement, la sécheresse, les ressources en eau, les écosystèmes, le tourisme, les risques naturels, l’agriculture, la sylviculture, l’activité économique, la population du territoire… Que veut dire la notion d’adaptation dans ce contexte ? », interroge-t-il.

Christophe Chaix identifie cinq facteurs qui freinent l’adaptation :

  • l’aspect systémique et la complexité du réchauffement climatique : rien n’est simple et linéaire…
  • l’incertitude : il faut agir sans avoir de certitudes sur les conséquences du réchauffement climatique.
  • La temporalité : le changement s’étale sur un temps long alors que nous agissons à très court terme.
  • L’appropriation : nous avons des obstacles psychologiques et physiologiques au changement.
  • Le doute : des informations contradictoires circulent pour instrumentaliser les responsables politiques.

A partir de là, il propose une stratégie d’adaptation :

  • Adapter et préserver les systèmes naturels ou anthropiques par des actions spécifiques.
  • Valoriser et pérenniser les projets utiles pour l’adaptation, mais pas forcément conçus pour cela. Exemple : la diversification de l’offre touristique vers des activités plus respectueuses de l’environnement.
  • S’assurer de la climato-compatibilité des projets engagés pour d’autres raisons que la protection de l’environnement.

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