Psychologie positive : comment devenir « producteur » de sa vie ?

Tous les deux jours, un agriculteur se suicide en France. Comment retrouver de l’espoir et redonner un sens à sa vie ? Comment reprendre le contrôle ? Pour répondre à ces questions sensibles, la psy-coach québécoise Pierrette Desrosiers a donné plusieurs conférences en France sur le thème « productivité et bien-être : devenez producteur de votre vie ». Elle était au lycée des Vaseix (87) le 1er avril, sur invitation de la Trame et de l’inter-groupe féminin.

Pierrette Desrosiers est fille et femme d’agriculteur, et ses trois frères ont des exploitations. Autrement dit, elle connait bien le caractère fier et endurci des agriculteurs. « Il y a quinze ans, on m’a proposé de faire une conférence sur le stress à destination des agriculteurs. D’abord, ils sont venus pour faire plaisir à leur femme, puis finalement, un mouvement s’est créé. Depuis, j’ai parlé à 50 000 agriculteurs », sourit-elle.

Selon Pierrette Desrosiers, notre bonheur s’expliquerait pour 50% par des facteurs génétiques, 10% par des circonstances de vie, et 40% par des activités intentionnelles pour améliorer les choses. Or, nous focalisons souvent sur ces 10%… Si le déficit d’argent et de santé engendre un mal-être, leur possession ne garantit évidemment pas le bonheur. Quel autre facteur extérieur pourrait nous rendre heureux ? Notre famille ? Le succès ? Une rentrée d’argent inattendue ? « Tous ces phénomènes n’apportent du bonheur qu’à condition d’avoir conscience de leur processus d’usure. Seulement, on les prend trop souvent pour des acquis », déplore la conférencière.

Comme son lieu de travail et son lieu de vie est confondu, le mal-être de l’agriculteur va souvent impacter à la fois l’individu, le travail et la famille. On peut sortir du cycle infernal à trois conditions : décider de s’engager dès aujourd’hui, choisir une stratégie et changer son comportement.

Le stress est bien sûr composé de faits objectifs (une situation difficile, une mauvaise nouvelle, un surplus de travail…), mais il est aussi déterminé par nos ressources : si l’on a assez de confiance, de personnalité et de résilience pour faire face à la situation, on va résoudre le problème et le stress sera positif. Si l’on n’a pas assez de ressources, on va ressentir de la détresse. Elle va se manifester physiquement, psychologiquement et par le comportement (fuite de la réalité, comportement compulsif, enfermement dans le travail….). « Ces réactions vont aggraver la situation. C’est ce cercle vicieux qu’on peut rompre grâce à la psychologie. Pour faire face au stress, il faut développer ses compétences émotionnelles. Le quotient émotionnel est deux fois plus important que le quotient intellectuel pour réussir sa vie », constate Pierrette Desrosiers.

Voici quelques pistes de réflexion pour être plus épanoui :

  • Connaitre ses forces et ses faiblesses. Quelles sont aussi ses valeurs ? Ses intérêts ? Qu’est-ce qui est important pour soi ?
  • Gérer ses émotions. Plus on est sous l’emprise de l’émotion, moins on est capable de faire des choix rationnels. « Entre le moment où apparait la situation et notre réaction, nous avons un espace de liberté et de croissance. On a toujours le choix de nos réactions », explique Pierrette Desrosiers.

 

  • Pratiquer l’auto-motivation. Même quand rien ne va, il est essentiel de se rappeler notre mission et le sens de notre vie, de se projeter dans l’avenir.

 

  • Développer son empathie et ses habiletés sociales. Nous avons trois cercles d’influence : notre zone de contrôle où nous exerçons pleinement notre pouvoir (par exemple, notre alimentation, notre santé, nos loisirs, nos ressentiments…), notre zone d’influence où l’on peut espérer le meilleur et se préparer au pire (par exemple : notre famille, nos finances…), et la zone où nous n’avons aucun contrôle, et où il convient de lâcher prise (par exemple, les règlementations, la météo…). « Si on met son énergie à pleurer sur des choses où on ne peut absolument rien, on n’a plus l’énergie nécessaire pour agir dans sa sphère de contrôle », observe Pierrette Desrosiers.

 

  • S’autoréguler. Si on ne gère pas ses pulsions, on peut très vite effectuer des dépenses compulsives, diminuer sa performance, procrastiner, succomber aux addictions… Ce qui ne va bien sûr pas arranger la situation. « Le contrôle de soi est essentiel pour le succès. Malgré les tentations, il faut se concentrer sur son but et toujours se demander si ce plaisir nous sera nuisible».

 

  • Etre la bonne personne à la bonne place. Nos compétences doivent être au même niveau que nos challenges. Ainsi, on a confiance en soi, on persévère, on résiste au stress, on est motivé, créatif, performant et on prend plaisir à agir.
  • Devenir mono-tâche. On est moins efficace et heureux quand on fait dix choses à la fois.

 

  • Se mettre en « off ». Ménagez-vous des moments sans portable, sans écran et sans mail. Sinon, notre « mémoire vive » est inconsciemment toujours en attente d’un message.

 

  • Développer sa gratitude. Pendant dix semaines, notez cinq choses qui vous sont arrivés dans la journée, et qui méritent votre reconnaissance. Un réflexe tout bête qui permet d’augmenter son bonheur de 25% ! Le but est d’être plus optimiste par rapport au futur, et de se sentir bien dans sa vie. « On se concentre sur les chiures de mouches, et on oublie trop souvent ce qui va bien. A force, ça use le bonheur », déplore Pierrette Desrosiers.

 

  • Développer des relations humaines de qualité. « La famille apporte du bonheur si on passe du temps de qualité ensemble. Il faut arrêter de s’auto-saboter, en invoquant des croyances comme le manque de temps, de choix… Ces moments d’évasion vont apporter de l’énergie, de la motivation, un recul et donc une meilleure productivité. Quand on est déprimé, on ne voit plus les choses telles qu’elles sont. On voit tout en noir. Il faut parler à des personnes qui peuvent vraiment nous aider. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, mais une preuve d’intelligence et de courage car on demande de l’aide avant tout pour sa famille », encourage la conférencière.

En cas de détresse, vous pouvez joindre votre médecin traitant, le service de santé au travail de la MSA (09 69 32 22 22), le centre écoute et soutien (05 55 23 49 95), le service SOS Amitié Limousin (05 55 79 25 25) ou le numéro Agri’Ecoute (09 69 39 29 19).

Clip réalisé par le DFAM 03.

2 réflexions sur “Psychologie positive : comment devenir « producteur » de sa vie ?

  1. J’ai beaucoup aimé : je me disais que l’agriculteur peut remporter des victoires, se fixer des objectifs de mieux être et d’indépendance malgré la solitude qui fait partie de son quotidien. Il s’agit certes d’un objectif affiché de mieux être mais la vérité est que chacun se doit à lui même d’écrire son histoire.

    Deux données me paraissent oubliées 1 l agriculteur a des enfants ; eux aussi vivent leur lot de difficultés 2 la grande différence entre avant et mantenant est que le danger n’est pas que dans l’immaturité, le manque d expérience, la solitude etc… L agriculteur est isolé face à des personnes malveillantes integrees dans des institutions au sein desquelles leur mauvaise influence reste diffuse : il est plus facile qu’une personne perde la vie faute de secours dans une foule que face à un seul intervenant qui prend la responsabilité de se bouger pour aider.

    Il y a un fait nouveau dans l agriculture : les enfants sont scolarisés, l’agriculteur peut être pluri-actif, seul ou en couple quand les deux parents ne sont pas sur l exploitation à temps plein et c’est une chance pour l’agriculture. Le travail n’y manque pas mais venir à l’agriculture en ayant fait à un moment autre chose est positif pour l’agriculture.

    La solitude dans ce cadre peut être recherchée et constituer un atout donc devenir attractive.
    On nait pour apprendre d’où les dix commandements de survie 1mieux se connaitre pour se piloter 2 gérer l’émotion pour croitre 3 s’automotiver pour s’investir dans des projets 4 évaluer notre pouvoir de changer les choses 5 se concentrer sur l’essentiel 6 adapter but et moyens 7 faire une chose à la fois 8 se ressourcer 9 lister cinq raisons d’être content 10 se connecter à quelqu’un de bien. Je suis d’accord.

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