Mimi de Salers, à l’honneur du festival du court-métrage !

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Le festival du court métrage de Clermont-Ferrand démarre le 30 janvier. Si vous avez la chance d’y assister, ne manquez pas cette petite perle de 9 minutes : « Salers » du réalisateur argentin Fernando Dominguez. Voici la présentation :

« Pas de caméra fixe. Quelqu’un arrive et déambule dans les rues de Salers, sans se présenter, il raconte (voix off) son passage à Salers pendant la guerre. Un événement l’a marqué, la rencontre avec Mimi Pinson. Un personnage bien réel, la folle du village, qui vivait au premier étage de la Porte de la Martille et dont tout le monde se souvient car elle écrivait des lettres à Franco, Mussolini et Hitler, en leur disant qu’elle ne leur ouvrirait pas l’entrée de Salers à cause de leurs mauvaises actions (avoir chassé les espagnols de leur pays). Elle n’obtint jamais de réponse à ses lettres.

La voix off revient à Salers quelques années plus tard. Rien n’a changé. Mais où est Mimi ? Les images s’évaporent comme ses souvenirs.

« Les fous sont ceux qui voient la vie avec d’autres yeux »  disait Nicolás Rubió dans une interview sur France Culture le 20/10/2013.

Beaucoup de sagraniers se souviennent de Mimi Pinson. Elle a marqué la vie de mes grand-tantes asturiennes, réfugiées à Salers, à qui Mimi offrait généreusement du bois et des gâteaux, alors qu’elle-même était dépourvue de tout. Une folle attachante qui aura bien plus marqué les esprits que beaucoup de gens dits « normaux ». Un court-métrage très émouvant, avec un Salers filmé de façon inédite. Des images tantôt sombres, tantôt avec des touches de couleurs. Des images qui s’éclaircissent ou s’assombrissent en fonction des souvenirs du narrateur.

Le spectateur découvre à la fin le nom de la chaleureuse voix off. Il s’agit de l’artiste Nicolás Rubió.

Nicolás Rubió est né à Barcelone (Espagne) en 1928 dans une famille bourgeoise. Son père, Santiago Rubió (1892-1980), était ingénieur civil, il participa au chantier du métro de Barcelone et dirigea l’installation de funiculaires sur les collines entourant la ville. Il se réjouit de l’autonomie accordée à la Catalogne par la Seconde République espagnole, et travailla en lien étroit avec la Generalitat de Catalunya, ce qui, lorsque la guerre civile éclata, le plaça  sans ambiguïté dans le camp républicain.

En 1938, la victoire de Franco devenant inéluctable, la famille Rubió gagna la France et commença sa vie en exil, d’abord à Céret (Pyrénées Orientales), puis au village de Vielles dans la paroisse d’Ytrac (Cantal). Un village alors composé de « 75 habitants, 20 maisons, 300 vaches » (titre du 1er documentaire que lui a consacré en 2011 l’argentin Fernando Dominguez, couronné de nombreux prix). Pour le jeune Nicolás ce fut une période de joie. A 11 ans il commença à rédiger ses mémoires avec textes et dessins. Il fit dans ce village l’apprentissage des travaux des champs.

A cette époque, Nicolás Rubió n’a visité Salers qu’une seule fois (peut-être en 1943, les souvenirs sont flous). Il y a fait la rencontre de Mimi Pinson. Et il est tombé sous le charme de cette ville. Il est souvent revenu à Salers par la suite. C’est à Salers qu’il a cessé d’écrire ses mémoires car –dit-il- il n’avait pas assez de mots pour décrire cette cité.

En 1948, après 10 ans passés dans le Cantal, comprenant qu’il faut renoncer à tout espoir de renversement du régime franquiste et, par conséquent, à un retour immédiat en Catalogne, la famille choisit de partir s’installer en Argentine. Agé de 20 ans, le jeune Nicolás prit des cours de dessin. Sa vocation pour la peinture et l’écriture s’étant révélée.

Nicolás Rubió a peint plus de 600  tableaux sur le Cantal, sur ce village de Vielle, ses habitants, leur quotidien, l’art populaire. Dans ses tableaux, il recrée ce monde auvergnat, il raconte avec force détails la vie paysanne des années de guerre, rythmée par les coutumes et les fêtes. »